Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, juillet 08, 2010

Spleen et idéal

Qui ne connaît pas le recueil de Baudelaire 'Spleen et idéal' ?

 

La_melancolie.jpg

"Mélancolie" extraite du site 'Peau et Rime.com'

 

Qui n'a jamais ressenti ce spleen sans pouvoir se l'expliquer ?

Spleen est un mot anglais qui ne possède pas d'exacte traduction en Français. Il est étonnant de voir que la complexité de ce mot s'accorde très bien avec la complexité des sentiment qui le définissent.

C'est la mélancolie qui s'approcherait le plus du spleen. Il traduit une faiblesse, un sentiment de tristesse, mêlée à un peu de nostalgie, on pourrait penser que, face à la difficulté de poser un mot sur cet état d'âme, les Anglais y ont associé un mot tout aussi difficile à cerner.

On est au coeur de la complexité des sentiments humains. Etre séparé de la personne qu'on aime, contempler l'immensité du monde et se sentir insignifiant, presque blasé peut amener à cet état de spleen.

 

Voir le monde recouvert d'un voile le rendant un peu plus terne, lui ôtant quelques couleurs, quelques saveurs et sentir ce manque. Marcher sur les pas que l'on empreinte déjà chaque jour, mais les voir autrement, s'attarder sur des petits détails auxquels on ne prête jamais attention, et oublier les autres, comme si l'on redécouvrait ce chemin, cette rue, cette station de métro, et se dire que tout cela est bien dérisoire, comme soi, seul face aux autres.

Ne pas se sentir inférieur, mais se sentir ailleurs, comme dans une autre dimension, un autre regard sur le monde qui tourne toujours aussi rond (du moins qui essaye), et lui trouver des aspects poétiques, romantiques et désespérés, comme s'il s'était abandonné à lui même. Le corps avance, mais l'esprit traine derrière, passif et affaiblit.

Adolescent, on est le plus enclin à vivre cela, mais les personnes 'actives' ne sont pas dispensées de ressentir ce spleen, qui ouvre la voie à une certaine poésie, un certain lyrisme.

 

Les poètes comme Baudelaire avaient besoin de cette souffrance intérieure, cette souffrance de l'âme, pour écrire leurs oeuvres. Cette déchirure, cette cicatrice à vif dans l'âme ouvre le poète au monde, et l'imprègne de toute sa vitalité, de toute sa sensibilité, de toute sa connaissance. Le poète n'est plus dans le monde, il le regarde de loin, il le voit, l'entend, le sens, le ressens, le vit. Le corps à vif, il écrit les pensées qui le transpercent, un peu comme une transe, les mots se forment sous la plume. En ressort des oeuvres absolument superbes, qui, l'espace d'un instant, un paragraphe, une page, communiquent au lecteur ce spleen.

Peut être suis je en train de vivre cela pour vous en parler avec ces mots, peut être en connais-je les raisons, peut être en ai-je la clé. Cependant, le spleen est une addiction, une souffrance, mais aussi une délectation dont on peut difficilement se défaire. Voila pourquoi même si je vivais ce spleen, je ne voudrais pas m'en séparer. Il est bon de ressentir, dans un monde hermétique aux émotions, que l'on enferme et que l'on distille selon son bon vouloir, ces émotions brutes, les encaisser et vivre avec, plutôt que de les mettre de côté et tenter (vainement) de les oublier.

 

Dimanche soir, je serais guéri, cette partie de moi, si particulière, que j'ai partagé il y a de cela plus d'un an et demi, sera de retour, et j'aurais plus que plaisir à saisir le voile qui recouvre ma vue, le faire virevolter, le jeter et l'oublier.  Pour l'instant, le temps tourne au ralenti, le temps n'avance d'ailleurs plus, c'est un compte à rebours qui se réduit jusqu'à dimanche.

 

A présent que j'ai eu mon instant poétique de l'année, je vais pouvoir reprendre mon chemin de geek indécrottable ! Non mais !!